Lieux et conséquences de la Seconde Guerre Mondiale à Berlin

Visiter Berlin ce n’est pas juste découvrir une mégalopole éclectique, c’est bien plus que ça. C’est en effet comprendre les impacts que certains événements majeurs du 20e siècle ont engendrés sur une des plus grandes villes européennes pour toujours. Comment venir jusqu’ici et ne pas s’intéresser à l’histoire de la seconde guerre mondiale à Berlin. Nos sept jours sur place à visiter Berlin nous ont permis d’appréhender une partie de cette histoire.

Brandenburger Tor Berlin

la seconde guerre mondiale à berlin ...

Cela peut paraître vieux pour certains, mais à l’heure où nous écrivons cet article, la Seconde Guerre mondiale à Berlin s’est terminée il y a moins de 75 ans. Il faut bien se rendre compte que cela n’est rien à l’échelle de l’humanité et les conséquences que celle-ci a générées ont influencé la vie à Berlin comme jamais aucune autre ville n’a pu l’être.

visite guidée avec berlin unterwelten

Cette visite constitue un de nos souvenirs les plus marquants de notre séjour berlinois. Berlin unterwelten est une association fondée par des passionnés de l’histoire et des reliquats de la Seconde Guerre mondiale à Berlin. Un de ses objectifs est notamment de pouvoir conserver et valoriser des lieux de mémoire de cette période dans l’Histoire contemporaine de Berlin. 

Nous avons réservé le tour 1 qui permet de découvrir un abri anti aériens utilisé pendant 39-45. Berlin Unterwelten propose 4 tours guidés, mais 3 seulement sont accessibles en français. Il y a aussi des sessions en anglais, italien et espagnol (et bien sûr allemand). Les photos ne sont pas autorisées durant la visite donc nous ne pouvons que vous expliquer à travers nos mots ce que nous avons appris. 🙂

Entrée du souterrain berlin unterwelten

des conditions de vie difficilement soutenables

Imaginez-vous, chez vous ou sur votre lieu de travail, et tout d’un coup retentit la sirène annonçant un bombardement imminent. Vous ne savez pas où se trouvent votre conjoint et vos enfants, mais vous devez vous terrer dans un abri. 

Arrivé dans les infrastructures, vous êtes dans des pièces où tout le monde ne peut pas s’asseoir, les odeurs corporelles se mélangent, car il n’y a pas assez d’aérations, le bruit incessant des bombardements vous oppresse et vous n’avez aucune idée pas en sortant si votre maison existe encore… Ce que les Berlinois ne savaient pas à l’époque est que la majorité des bunkers construits par le régime nazi n’avaient pas une résistance adaptée aux bombardements auxquels la ville a été soumise. Certaines étaient des stations de métro reconverties.

une ambiance sordide

Durant les bombardements, il n’était pas rare de ne plus avoir d’électricité. Pour contrer ce problème, les murs avaient été enduits d’une peinture phosphorescente. Elle permet de conserver un minimum de lumière lors de ces « blackouts » temporaires. Est-ce que cela fait baisser l’anxiété des personnes ? On ne pense pas, malheureusement les enfants continuent à pleurer, les adultes à douter… Ces peintures fonctionnent encore aujourd’hui même si notre guide nous a précisé qu’elles devaient illuminer les pièces bien plus longtemps qu’à présent. 

Entrée du souterrain berlin unterwelten

Ceux qui ne connaissent pas le passé sont condamnés à le répéter / G. SANTAYANA

un flot incessant

À partir de l’été 1933, la dictature nazie avait commencé à intégrer une préparation des habitants aux bombardements. On retrouve dans les pièces visitées des jeux et des bandes dessinées pour enfants. L’objectif était de conditionner la population à réagir adéquatement en cas d’attaque aérienne. Cette situation va se perpétuer plus de 300 fois entre 1940 et 1945. La première année, les attaques étaient courtes et ciblées. Les Berlinois restaient moins d’une heure sous terre. Mais plus les enjeux et la pression de la guerre s’est effréné, plus les raids aériens étaient longs. Les civils pouvaient se terrer jusqu’à 5 h avant de pouvoir ressortir dans les derniers mois. 

Beaucoup de bombes et des restes humains issus de ces raids se trouvent encore dans le sous-sol de la capitale allemande. Certains missiles sont découverts régulièrement en plein centre-ville, comme c’est aussi le cas en France.

l'abri antiaérien de volkspark

En sortant de votre visite souterraine, vous pouvez très facilement rejoindre le Volkspark. Ce très joli parc de l’Est berlinois offre la possibilité de monter sur les ruines d’une « flaktower ». Un des trois abris anti aérien commandé par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale qui n’a jamais été utilisée. Pour la petite histoire, le parc était coupé en deux pendant l’occupation alliée, après la Seconde Guerre mondiale, entre les Russes et les Français. Ces derniers décidèrent de détruire la partie sur leur territoire. Pour cette raison, une partie seulement de l’abri est ainsi existante. D’ailleurs, les gravats sont restés sur place et ont été recouverts de terre, ce qui donne finalement la topographie vallonnée à ce parc.  

Volkspark

kaiser - willem - gedächtnis - kirche

La majorité des monuments détruits par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale à Berlin ont été rebâtis soit à l’identique, soit sous une nouvelle forme. L’église du souvenir de l’Empereur Guillaume dans la partie ouest de la ville a été un mélange des deux. La zone la plus stable du bâtiment, le clocher, a été conservée. Le reste fut détruit pour laisser place à un bâtiment moderne composé d’une tour et d’un chœur. Un choix architectural audacieux qui marque largement le paysage berlinois. Un rappel que reconstruire n’aide pas forcément à l’oubli. Parfois laisser les stigmates paraître aux yeux de tous représente aussi la force de savoir vivre avec son passé. Malheureusement, la tour moderne était en travaux pendant notre visite donc nous n’avons pas pu apprécier la composition architecturale dans son ensemble.

visiter le parlement allemand bundesrat

Comme dans la plupart des capitales que nous visitons, nous aimons découvrir les palais décisionnaires. Ces lieux sont toujours chargés d’histoire et d’explications sur les fonctionnements des pays.

Le Berlin Bundesrat ne déroge donc pas à cette règle. Il faut bien anticiper votre venue en amont. Plusieurs types de visite existent et dans plusieurs langues, dont le français. Sur cette page, vous trouverez toutes les informations nécessaires ainsi que le lien pour le formulaire de réservation. La visite gratuite dure environ 60 minutes et donne ensuite accès à la coupole de verre qui surplombe le monument. 

Extérieur Bundesrat

un bâtiment historique

Le Reichtag est le nom historique du parlement allemand. Ce bâtiment inauguré à Berlin fin 1984 a connu une histoire mouvementée. Partiellement détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, il perd son utilité politique avec la création des deux Allemagnes à l’issue de la guerre. Sa reconstruction fut achevée en 1961, date des prémices du mur de Berlin. C’est après la réunification du pays qu’en 1995 le comité des doyens décide de batir une coupole moderne de verre en même temps que les rénovations du bâtiment. Le Reichtag devient alors le Bundestag à l’été 1999. 

Coupole Bundesrat Berlin

des destructions marquantes

L’architecture du lieu est imposante tout comme son histoire. Ce parlement a souffert de nombreux traumatismes dans son passé. Pour ne citer les plus marquantes :

  • Incendié en 1933 par les nazis pour déstabiliser le pays et commencer leur régime de terreur avec la persécution des opposants politiques au nazisme.
  • En partie détruit durant les combats de la prise de Berlin par l’URSS. Cela a donné lieu à la fameuse photo du soldat soviétique dressant son drapeau sur les toits du parlement.

Le tunnel utilisé par les nazis pour contourner la sécurité et mettre le feu au parlement en 33 est conservé à l’intérieur du Parlement. Il est important de préciser que cette « pièce » a été remontée pour être exposée dans le sous-sol du parlement. C’est la preuve d’une belle motivation, car le morceau est tout simplement énorme. On comprend parfaitement l’effort au vu des conséquences historiques qui ont découlé de l’utilisation malfaisante de ce tunnel…

Tunnel Bundesrat Berlin

Suite à la prise de Berlin durant la seconde guerre mondiale, certains murs n’ont pas été remis en état. On retrouve ainsi des pans de murs endommagés et tagués par les premiers soldats soviétiques qui ont pris possession des lieux. 

Murs dégradés Bundesrat

et une enceinte politique

Après avoir passé les explications historiques, vous rentrerez dans la visite de son rôle le plus actuel : un organe décisionnel ! En parcourant les différents étages du bâtiment, vous naviguerez entre les espaces des partis politiques allemands qui composent le Bundesrat. Évidemment le clou de la visite est la découverte du lieu des séances plénières.

Salle plénière Bundesrat

... et la guerre froide avec le mur

Il y a près de 30 ans, le mur de Berlin tombait et avec lui par la suite tout le rideau de fer. Mais aussi 60 ans d’une histoire allemande douloureuse. Le pays divisé en deux a été au cœur d’un conflit international qui opposait les États-Unis et l’URSS : la guerre froide. Bien sûr, pour ceux qui sont de notre génération, nous avons appris cette Histoire à l’école. Pourtant, cela a résonné en nous de manière très vive lorsque nous nous sommes lancés sur les traces du mur au cœur de Berlin.

checkpoint charlie et ses archives sur les murs

Ne serait-on pas devant LE lieu le plus touristique de Berlin ? Il y a des chances en effet !

Ce point de contrôle était utilisé comme frontière entre la zone administrée par les USA et l’URSS. Il y en avait en tout 5 entre Berlin-Ouest et Berlin-Est, mais ce fut le plus médiatisé.

Aujourd’hui malheureusement, ce sont des similis acteurs qui sont positionnés au checkpoint pour faire des photos avec les touristes. Un peu triste à notre sens… mais le lieu ne perd cependant pas son intérêt !

des murs qui parlent

Des expositions ont été mises en place sur les murs proches de ce checkpoint. Les nombreux témoignages et récits se succèdent sur l’évolution de ce lieu et surtout sur les événements qui s’y sont passés. 

Checkpoint charlie photo archive

Une série de photos met en avant la construction du mur, les tensions entre les deux nations protagonistes puis la fin de cette ère de terreur. Une autre aborde le sujet des évasions. Plusieurs personnes ont tenté de traverser le mur pour rejoindre le côté ouest en forçant les barrages et cela à donner lieu à des histoires tragiques. La guerre froide au cœur de Berlin a fait des centaines de victimes. 

un épicentre de tension

La scène la plus surréaliste de ce poste-frontière est sans conteste celle qui s’est déroulée durant la crise de fin octobre 1961 où des blindés américains et soviétiques se sont fait face. La tension était plus que palpable et on a du mal à s’imaginer cette situation lorsque l’on s’y trouve en 2019 dans un contexte tout autre !

la "chute" du mur

À l’été 1989, le pouvoir de l’URSS est décroissant. Depuis quelques semaines la Hongrie, pays du bloc de l’Est a rouvert ses frontières. De nombreux Allemands de RDA ont d’ailleurs prétexté un voyage pour fuir le pays. Des manifestations importantes ont lieu en RDA aux premiers jours de l’automne. Un vent de liberté se lève sur Berlin Est et le 9 novembre 1989, suite à une annonce prématurée, le mur « tombe ». Physiquement, il est présent, mais son pouvoir contraignant sur la population n’a plus de raisons d’être. En l’espace d’une nuit, les Berlinois se ruent aux postes de contrôle pour rejoindre le côté est.

Suite à cela, le mur sera démantelé, en partie. Il existe cependant des zones où il est encore sur pied et l’est dans un tout autre but ! Celui de la mémoire d’un traumatisme passé, de la mémoire de tous les hommes et femmes qui sont morts en souhaitant échapper à la dictature. C’est le cas dans le East Side gallery qui est la plus longue section du mur non détruite (1,3 km).

east side gallery

Cette portion est devenue une œuvre d’art urbaine avec des peintures qui le recouvrent. On peut considérer ce mur comme une des plus longues œuvres d’art au monde en extérieur. Les peintures abordent différentes thématiques. On retrouve souvent la notion de passage, d’ouverture entre deux mondes, mais la plupart ont pour message la paix. Vous connaissez sûrement quelques-unes de ces œuvres dans les photos qui suivent.

découvrir la seconde guerre mondiale à berlin et l'histoire allemande autrement

Laura vous conseille deux œuvres pour illustrer certains sujets effleurés dans cet article 

  • Une femme à Berlin de Marta Hillers. Alors que la Seconde Guerre mondiale touche à sa fin, Berlin se fait prendre par les forces russes. La ville, énormément détruite et à bout de souffle depuis des mois, est habitée en majorité par des femmes et enfants. En effet les hommes sont sur les différents fronts. Ce récit autobiographique écrit par une journaliste allemande raconte les premiers mois après la chute du nazisme et l’occupation russe dans la capitale. Elle explique le manque de nourriture, les mauvaises conditions de vie en général, mais surtout les viols à répétition perpétrés par les membres de l’armée russe sur les civiles berlinoises. Ses notes ont été publiées une première fois anonymement en 1954 en anglais aux États unis. Puis en 1959 en Allemagne où l’ouvrage a été radicalement rejeté. 14 ans après les faits, le souvenir tragique de cette période est trop fort et largement occulté (comme de nombreux autres acts liés à la Seconde Guerre mondiale). En 2003, le livre a été republié et le nom de son auteur révélé comme travail dans la réhabilitation de ce pan de l’Histoire allemande.   
  • Un vent de liberté, réalisé par Michael Bully Herbig. Ce film est une fiction issue d’une histoire vraie. Celle de deux familles allemandes vivant en RDA qui décident de passer du côté ouest à l’aide d’une montgolfière. C’est une histoire haletante jusqu’au bout avec un scénario très bien ficelé et des acteurs magistraux. Un réel complément de compréhension à ce que certaines familles allemandes ont pu vivre pendant ces années sombres. 

Cet article a 2 commentaires

  1. Merci pour cette visite guidée. Je ne connais toujours pas l’Allemagne; il me faudra y remédier un de ces jours. En attendant, je vous suis avec plaisir dans vos déambulations berlinoises et historiques. Comme tout lieu chargé d’histoire, la ville doit regorger d’âme, de souvenirs, de vibrations… Je suis curieuse de continuer cette découverte grâce à vous!

    Jul’

    1. Merci Julie pour ton message. Effectivement, l’ambiance et l’histoire hors du commun de Berlin nous a complètement envoûté !

Et toi, tu en penses quoi de ce que tu viens de lire ?

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