À la rencontre de Fixit Clinic

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Lors de notre passage à San Francisco en juin dernier, nous avons rencontré Peter, fondateur de la Fixit Clinic (traduction Clinique de réparation). Son objectif est d’aider les citoyens à comprendre pourquoi leurs objets de ne fonctionnent plus. Puis si c’est possible, de leur donner les outils pour les arranger !   

Qui n’a jamais été frustré de devoir racheter un grill-pain à cause d’une résistance qui ne fonctionne plus ? De voir la durée de vie de son téléphone portable réduire considérablement 1 an seulement après l’avoir acquis ?
Ceci à un nom : l’obsolescence programmée. Une manière pour les fabricants de biens en tout genre (vêtements, électroniques, etc) de diminuer la longévité de leurs productions afin de nous pousser à racheter¹. Cela va de la baisse de qualité, à la création des collections (parce que c’est bien connu qu’on a besoin de changer nos vêtements tous les 6 mois) jusqu’aux pièces mécaniques ou électroniques de faible qualité. 

Entrée de la Fixit Clinic

Un constat alarmant

Une remise en question de notre mode de consommation

« Notre pratique de consommation actuelle n’est pas durable pour la planète à terme. Peut-être que non, en fait la Terre ira bien. Mais c’est à propos de la survie de l’espèce humaine » nous a dit Peter. Et on le constate tous les jours.
Que ce soit dans l’habillement ou dans nos achats de vie quotidienne, les sociétés occidentales montrent une tendance à la surconsommation de biens. Posséder de plus en plus est devenu une norme sociale. Non seulement, on encombre nos existences d’objets qui ont peu ou pas d’utilité, mais en plus la production de certains de ces mêmes biens engendre de graves problèmes environnementaux. Et qu’en est il de la gestion des déchets par la suite ? Ces objets qui nous ont servi (ou pas) sont souvent difficiles à recycler une fois qu’ils ne fonctionnent plus.

Vivre à crédit sur les ressources naturelles et humaines

« Ce téléphone a été fait à partir de 200 kg de matériaux rares (or, lithium, tantalum, etc). Et cette pièce sera très difficilement recyclable maintenant »

Beaucoup de questionnement sont soulevés depuis quelques années sur les minerais précieux utilisés dans la fabrication de nos appareils électroniques (ordinateurs, portables, tablettes). Que ce soit dans le cadre de leur extraction, des conditions de travail des employés ou encore des rejets dangereux qui en découlent, le téléphone intelligent et ses confrères ont défrayés la chronique. Difficile d’être de savoir si notre nouvel appareil préféré est fabriqué de manière éthique.

Ce qui est sûr, c’est que sa faible durée de vie couplée à sa non-capacité à être recyclé en font des objets peu écologiques. Ceci a aussi un coût environnemental. Ne pas savoir comment se départir de ses biens, une fois qu’ils ne sont plus utilisables, empêche les consommateurs de pouvoir agir en connaissance de cause. « Je pense qu’en tant que société nous devons réaliser que le prix de ces produits est plus important que celui que l’on paye en magasin. »

Pourquoi contrer l’obsolescence programmée ?

Bien sûr, Peter convient que les actions des Fixit Clinic permettent aux citoyens d’économiser de l’argent. Mais ce qui ressort le plus de ses rencontres lors des ateliers de réparations est notamment la volonté de posséder à nouveau des affaires qui durent dans le temps. Les gens prennent en effet de plus en plus conscience que leurs achats ont un impact sur l’environnement. Et ce qu’ils recherchent en participant à ces ateliers, c’est également ça. Faire leur part quant à la protection de l’environnement.

Mais contrecarrer l’obsolescence programmée, c’est aussi essayer de sensibiliser les entreprises à la gestion de leur biens de A à Z. Actuellement, les compagnies produisent sans se préoccuper des déchets (e-waste) que cela engendre. Une fois que votre objet arrive en fin de vie, c’est à nous en tant que consommateur de devoir nous en débarrasser. Peter nous parle alors de l’extension de la durée de garantie (Extended Producer Responsibility). Aux États-Unis, des associations se battent juridiquement pour faire reconnaître la responsabilité des manufacturiers à s’occuper des biens une fois leur fin de vie atteinte. Une manière, selon lui, de les pousser à réfléchir à de vraies solutions quant aux recyclages de leurs créations.

« Si vous êtes un fabricant et que vous devez être responsable de votre produit d’un bout à l’autre, dans ce cas vous serez probablement plus motivé à réaliser quelque chose viable sur le long terme. Et facile à dé-manufacturer quand sa durée de vie est atteinte. »

La solution : Réparer et Mieux Consommer

Réparons

Comment fonctionnent les Fixit Clinic ?

En attendant que les gouvernements et entreprises prennent leurs responsabilités, les citoyens s’organisent pour trouver des solutions. Peter présente son initiative comme « une réunion pour les Alcooliques Anonymes version choses cassées. »

« On a vraiment pour volonté de montrer aux personnes qu’ils sont responsables de la réparation de leurs biens »

Un atelier de soudure Le grille-pain, la star des Fixit Clinic

Pas question que les gens arrivent et déposent leurs objets pour les retrouver comme neuf 2 heures plus tard. On vient avec son bien, on se présente, on explique ce qui ne fonctionne pas. Les bénévoles vous proposent alors des solutions et vous donnent les outils pour démonter votre objet. Une fois désassemblé, ce sont notamment eux qui regarderont ce qu’il est possible de faire ou non. Peter pense que les bénévoles sont aussi importants que les personnes qui viennent réparer leurs biens dans les locaux. « Tout le monde a des compétences […]. Donc l’idée est d’apprendre et de les disperser auprès de tous dans la communauté ».

Finalement, un atelier de réparation bénévole est assez facile à monter même si cela demande beaucoup d’engagement ! Il suffit de trouver un endroit près à accueillir assez de personnes (parfois les réunions atteignent jusqu’à 100 participants dans la banlieue de San Francisco). Pour cela, le plus simple est notamment de s’orienter vers les centres communautaires ou les bibliothèques, qui ont souvent des salles appropriées. Et enfin, n’oubliez pas de rassembler des bénévoles et des outils (les basiques : des tournevis et un appareil à souder).

Un groupe de bénévole de la Fixit Clinic

Leurs objectifs !

Selon Peter, c’est un peu tout ce qui a été émis auparavant, un souci écologique et une consommation plus raisonnée. Mais c’est aussi une réaction aux mauvais comportements des entreprises. Certains sont fatigués qu’en tant que clients nous soyons pris pour des machines à sous, prêts à dépenser toujours plus.

Surtout quand certaines compagnies font tout pour nous empêcher de réparer. Aux États-Unis, l’équivalent des droits d’auteurs (Digital Millenium Copyright Act) est utilisé par les entreprises pour se protéger de toute maintenance individuelle sur leurs objets. Maintenant que la plupart des biens que nous avons dans la vie de tous les jours combinent électroniques et logiciels, la majorité des citoyens sont bien incapables de réparer eux-mêmes leurs possessions et sont encore plus dépendants des entreprises. Certaines utilisent même les droits d’auteurs pour punir légalement ceux qui essayeraient de maintenir eux-mêmes leurs objets².  

« Il y a de nombreuses initiatives, dans différents états, de faire reconnaître le “Droit à réparer”. Cette idée que nous achetons quelque chose et par conséquent il nous appartient. Nous avons le privilège d’en disposer comme nous le souhaitons »

Donc certains ont créé le « Droit à réparer » (Digital right to repair) qui vise à permettre aux consommateurs de posséder véritablement leurs biens et de l’utiliser comme ils l’entendent. L’idée est bien entendu que si nous avons acheté quelque chose, celle-ci nous appartient.  

Consommer : Le pouvoir du peuple

Prise de conscience

Et c’est bien ça notre super-pouvoir : consommer ! Même si, comme précisé au début de l’article, notre consommation est maintenant complètement débridée, nous pouvons l’utiliser aussi pour appuyer nos intérêts. « Nous sommes les clients, nous devons choisir quels biens et services achetés en conséquence » nous dit Peter. Comme les agriculteurs étatsuniens, nous pouvons notamment nous réunir pour faire valoir nos droits. Et cela en collectant des informations. « Ces choses sont bien faites, celles-ci ne le sont pas, celles-ci non plus, mais peuvent être réparés facilement ». Bref, l’idée est d’acheter en connaissance de cause des objets les plus durables possible. Le but final est aussi que les fabricants réalisent que nous ne sommes pas dupes et que « s’ils font de la meilleure qualité et des biens plus pratiques, les gens achèteront ».

Formation

Cela passe aussi à l’intégration en amont de la construction d’une nouvelle manière de créer. Et pour ce faire, Peter « cherche à inclure les FIC dans les Universités et Facultés parce que beaucoup de leur programme tendent vers la “pensée de conception” (design thinking en anglais). » Car le changement passe par les mentalités et l’ingénierie. Si les étudiants n’apprennent pas à intégrer des notions de durabilité et de maintenance dans les objets depuis le début, cela ne pourra pas fonctionner. « C’est quelque chose qui doit faire partie intégrante de notre processus de conception pour tout ce qui sera fabriqué dans le futur. »

Les initiatives ici et ailleurs

Encore une fois, il n’y a pas qu’aux États-Unis que ces projets citoyens voient le jour. Pour notre plus grand plaisir, la France n’est pas en reste non plus ! Voici quelques exemples de solutions ici :

  • Le mouvement international des Repair Café est aussi présent en France et à les mêmes objectifs que les Fixit Clinic
  • Le droit à réparer existe aussi. Cette bataille est menée par l’Association HOP et le site internet Produits Durables en France.

Et vous quelles sont vos solutions contre l’obsolescence programmée ?

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À venir : C Soap, une compagnie qui fabrique des savons Zéro Déchet !

¹ Définition exacte : L’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. Délit d’obsolescence programmée, article L.213-4-1. Extrait du Code de la consommation, loi sur la transition énergétique.

²  C’est le cas de la compagnie John Deer, fabricants entre autres de tracteurs, qui a empêché des agriculteurs de pouvoir réparer eux-mêmes leurs véhicules. Source.

3 responses to “À la rencontre de Fixit Clinic”

  1. Itinera Magica dit :

    C’est génial ! je rêve d’avoir ça à côté de chez moi ! je suis une cata en bricolage…et j’adorerais savoir réparer les choses.

    • Deux Évadés Deux Évadés dit :

      Oui on adore cette initiative ! As tu vu le lien vers l’association Repair Café à la fin de l’article? Peut-être y en t’il un vers chez toi 🙂
      Moi aussi je ne suis pas super bonne pour réparer, un de mes futurs objectifs est d’apprendre à coudre! Mais je suis sûre que dans un de ces lieux je pourrais trouver une personnes patiente pour m’apprendre 😉
      – Laura

  2. Encore une fois, je ne peux qu’être fan de ce genre d’actions!
    Il y en a une similaire à Douarnenez, en Bretagne: Zéro Gachis a ouvert fin août!

    En tous cas, il y a des gens qui savent convaincre et expliquer! J’essaie de mon côté, mais je ne dois pas avoir les bons arguments ou j’en parle à des gens qui ne sont pas encore prêts au changement…

    Bonne continuation à vous! Et merci encore pour cet élan de conscience partagée!
    Jul’

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