À la rencontre de C Soap

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À Victoria sur l’île de Vancouver, C Soap fabrique des savons à usage ménagers atypiques. Ceux-ci sont faits à partir d’huile de cuisson ! On vous avait dit que c’était inédit. Cette initiative partagée par nos amis du blogue Chéri-e j’ai réduit les déchets nous a tapé dans l’œil et nous avons profité de notre passage là bas pour rencontrer Cynthia et Carol, les deux fondatrices.

Les étapes de fabrication : du consommateur au consommateur

En effet, le principal élément de fabrication de leurs savons est l’huile de cuisson qui est récupérée auprès de particuliers. « Nous demandons aux personnes de mettre leur reste d’huile dans un contenant d’au moins 5 litres », de cette manière cela permet à Carol et Cynthia de réduire leurs déplacements. Car ce sont elles qui s’occupent du ramassage de l’huile.

Au premier contact, les citoyens ont tendance à penser que 5 litres d’huile sont une quantité énorme, mais elles « voient ça comme une manière d’impliquer le plus de personnes possible dans la réutilisation de l’huile de cuisson, la famille, les amis ou encore les voisins ». Les habitants de Victoria et de ses environs peuvent entrer en contact avec C Soap sur le site internet de la compagnie ou sur leur page FB quand leur bidon est plein.

« Pour le moment, nous nous concentrons sur l’huile de cuisson chez les particuliers parce que ceux-ci n’ont nulle part où ramener leur huile de cuisson usagée. »

Elles nous ont confié que faire un partenariat avec un ou des restaurants les tenterait. Cependant, il leur faudrait une plus grande infrastructure pour gérer cet énorme apport d’huile. En attendant que cela soit possible, Cynthia et Carol consacrent leurs efforts sur les particuliers ! Elles comptent notamment rendre le ramassage d’huile plus facile en utilisant des points de dépôt en partenariat avec la ville ou avec des magasins.

Après avoir récupéré l’huile, le travail se décompose en 4 étapes

  • Filtrer l’huile pour enlever tous les résidus de nourriture possible.
  • Ajouter la soude (hydroxyde de sodium) et bien mélanger.
  • Verser la préparation dans les moules à savon et laisser sécher pendant 2 jours.
  • Après 2 jours, les sortir des moules et les faire durcir et sécher pendant 2 mois environ.

Les savons de la compagnie contiennent uniquement des huiles essentielles en plus de l’huile et de la soude. Elles garantissent « ne pas ajouter d’autres agents chimiques dans le processus ».

Cela peut paraître simple, mais ce travail a été le résultat d’une longue étude sur la proportion d’huile et de soude, mais aussi le temps de séchage. Chaque barre de savon fait 85 grammes ou plus.

« Nos produits ne sont testés sur aucun animal. Nous les testons sur nous même. Jusqu’à maintenant, tout a bien fonctionné ! 😉 »

Objectifs zéro-déchet pour C Soap

À travers sa mission, C Soap rempli deux volontés du zéro-déchet : la réutilisation et le sans emballage.

Le savon

Vous pouvez le prendre pour faire votre vaisselle, laver votre linge ou encore récurer la salle de bain, etc. Un seul produit pour autant d’usage ?! On adore cette idée ! Selon l’utilisation que vous en faites, sa durée de vie va varier. Si c’est pour un usage quotidien pour nettoyer la vaisselle par exemple, il va vous durer environ deux semaines. Si c’est pour des travaux ménagers plus ponctuels dans la maison, cela peut aller jusqu’à 2 mois. Le processus long de séchage du savon permet d’optimiser sa durée de vie !

Cynthia et Carol ont noté que c’était aussi plus économique d’utiliser le savon en barre que celui liquide. « Avec ce dernier, il faut régulièrement en remettre sur l’éponge ». Alors qu’avec la version solide, cela n’est pas nécessaire. Ainsi vous gaspillez moins de produits.

L’emballage quant à lui est seulement constitué d’un tampon sur une des parties du savon. Il suffit de cela pour l’identifier ! Avant d’être vendus (sur leur site internet ou en boutique), ils sont simplement stockés en vrac dans une caisse en bois. Rien de plus simple.  

Cet objectif zéro déchet est très important pour C Soap car les deux fondatrices subissent l’impact des déchets sur leur île. « Seulement en marchant sur la plage, on voit des détritus de partout. Nous pensons que ça arrive à un point complètement incontrôlable ».

Couché de soleil - Pacific Rim

L’éponge

En plus du savon, C Soap vend aussi des éponges Luffa qui remplacent aisément les éponges en plastiques souvent utilisées. « C’est une éponge végétale. Celle que nous vendons viennent du Brésil parce que c’est mon pays d’origine » nous dit Carol. « Et je voulais supporter la communauté là-bas ». Cette éponge naturelle va se décomposer au fur et à mesure que vous l’utilisez. Mais vu que ce n’est pas du plastique, cela n’aura que peu d’impact sur l’environnement s’il est évacué dans les tuyaux. Une fois que l’éponge est arrivée en fin de vie, il suffit de la composter. « C’est complètement biodégradable ».

 

Comme pour le savon, le Luffa peut être utilisé dans plein de situations différentes : nettoyer la vaisselle ou se laver soit même !

Avec le savon et l’éponge, C Soap propose deux produits qui aident les citoyens à diminuer leurs déchets, mais aussi leurs impacts sur la planète de manière générale.

« Nous ne voulons pas être responsables d’avoir créé plus de déchet. Nous souhaitons être une solution pour ceux qui essayent de réduire les leurs. »

Une nécessité environnementale

Le fléau de l’huile de cuisson

Avant notre rencontre avec C Soap, nous ne nous étions jamais posé la question de savoir comment disposer correctement de l’huile de cuisson après son usage. Peut-être que si nous avions plus cuisiné à l’huile (friture ou autre), cette question se serait soulevée à vrai dire. Selon Cynthia et Carol, « les gens veulent vraiment faire ce qui est bien. Ils ont juste besoin d’avoir un endroit où le faire ».

Nous avons trouvé cette vidéo qui montre une entreprise brésilienne ayant suivi le même cheminement dans le pays. 

Comment les citoyens n’ayant pas de bonnes solutions à porter de main disposent de leur huile ?
Souvent, ils vont la jeter dans leur évier en pensant que cela sera traité dans les eaux usagées. Malheureusement, une partie ne le sera pas et sera déversée dans les sources d’eau. « Cela est très polluant. L’huile va rester en surface de l’eau et empêcher les rayons du soleil de pénétrer ». Ainsi les plantes et les poissons n’y ont plus accès.
Quant à le jeter dans la poubelle, cela contaminera aussi les autres déchets. Et impossible de le mettre au compost. L’huile imperméabilise les sols en privant l’eau de rejoindre le substrat rocheux.

« C’est important de commencer à penser à ce qu’on jette dans l’eau, plutôt que de chercher des solutions une fois qu’elle est déjà contaminée. Si on arrête d’y jeter des choses qui n’ont rien à y faire, nous n’aurons pas besoin de traiter l’eau agressivement à la fin. »

Mais aussi la santé

Cynthia nous a confié avoir souffert pendant longtemps d’allergies dues aux agents chimiques contenus dans les produits de beauté, mais aussi ménagers. « Ces conservateurs sont nocifs pourtant on les trouve dans les shampoings, la lessive et même ceux pour bébés » nous a-t-elle dit. Faire du savon maison a été une solution pour elle de retrouver un confort de vie ! C’est une des raisons pour lesquelles il n’y a pas de conservateurs ni d’agents chimiques dans leur savon. Afin que ce soit aussi une option pour les personnes sensibles et allergiques.

En France, la compagnie Oleovia permet aux restaurants de recycler leurs huiles de cuisson. Elle se charge ensuite de le transformer en biocarburant. Mais pour les citoyens il existe peu d’alternatives. Donc, pourquoi ne pas se tourner vers la fabrication de savons maison en associant vos proches ? 😉  

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C’est ainsi que se termine notre série d’articles « À la rencontre » d’initiatives citoyennes en Amérique du Nord. Cette expérience a été enrichissante pour nous. On souhaite qu’elle vous ait inspiré peut-être à changer votre mode de consommation ou à votre tour à lancer une initiative qui vous tient à cœur.

Retrouvez tous les articles de la série dans cette page!

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De nouveaux articles viendront très rapidement sur notre arrivée au Chili 😉

3 responses to “À la rencontre de C Soap”

  1. Magique!
    A chaque initiative, je rêve d’avoir la même près de chez moi… il y en a d’autres bien sûr, l’idéal sera un jour de toutes les regrouper!
    Merci pour l’info et belles découvertes sur le sujet au Chili!

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